Accompagner son enfant face au harcèlement scolaire

Un enfant sur dix est victime de harcèlement scolaire. On en entend de plus en plus parler dans les médias et cela inquiète tous les parents, moi la première. On aimerait tellement éviter à notre enfant d’y être confronté ! Alors comment le sensibiliser en amont, quels sont les signes évocateurs de harcèlement scolaire, comment l’accompagner si le harcèlement est avéré et comment le vivre du mieux possible en tant que parent ? C’est ce que je vous propose de découvrir ici, à l’occasion de la journée internationale contre la violence et le harcèlement en milieu scolaire.

Comment sensibiliser son enfant en amont sur le harcèlement scolaire ?

C’est important d’expliquer à votre enfant en quoi consiste le harcèlement scolaire, dès que vous le sentez prêt (ça peut commencer dès la grande section de maternelle). L’idée est qu’il puisse ensuite identifier s’il est harcelé, si un copain l’est ou s’il harcèle un enfant. Pour lui expliquer simplement, vous serez le mieux placé pour trouver les mots les plus adaptés mais voici l’idée : ce sont des violences répétées régulièrement contre un même enfant dans le cadre de l’école ou sur le trajet de l’école. Cela peut passer par des moqueries, des insultes, des surnoms désagréables, un vol d’affaires, de goûter, une mise à l’écart (dans la cour, à la cantine, etc.), des coups, des bousculades, des menaces. Les plus grands peuvent aussi être confrontés au cyberharcèlement sur internet, via les sms et les réseaux sociaux. Il consiste en des insultes, moqueries, humiliations, menaces, diffusion de rumeurs et/ou d’informations à caractère privé et usurpation d’identité.

Ensuite, vous pouvez lui dire que si un jour il y est confronté ou qu’il est témoin d’une situation de harcèlement, c’est important de ne pas le garder pour lui et d’en parler à un adulte. Que ce n’est clairement jamais de la faute d’un enfant de subir du harcèlement, qu’il n’y a pas à en avoir honte, que cela peut arriver à tout le monde. Les études montrent en effet qu’en général un enfant est harcelé à une période de sa vie où il est plus vulnérable et fragilisé. Et lui préciser que si ça lui arrive un jour, vous réfléchirez ensemble aux solutions possibles et que vous ne ferez rien contre son gré.

Comment savoir si mon enfant est harcelé ?

C’est compliqué d’en être sûr à 100% si votre enfant ne vous en parle pas de lui-même. Il ne vous en parle pas pour plusieurs raisons : parce qu’il a tellement honte de vivre ça et se sent responsable, parce qu’il a peur des représailles dont le menace l’enfant qui le harcèle, parce qu’il a peur que vous interveniez d’une manière qu’il ne lui plaise pas, ou même qui lui fasse honte. Il peut aussi vouloir vous protéger en vous épargnant de l’inquiétude.

Voici quelques signes évocateurs qui pourraient toutefois vous mettre la puce à l’oreille : si votre enfant revient régulièrement avec du matériel ou des vêtements abîmés, s’il perd ses affaires d’école très régulièrement, s’il refuse d’aller à l’école, dit ne plus avoir de copain, dort mal, mange moins, a une chute brutale dans ses résultats scolaires, change soudain de comportement en se renfermant sur lui, en semblant anxieux, triste, irritable, voire violent, en hyper-vigilance. Bien sûr ces signes de mal-être peuvent être rencontrés par tous nos enfants à une période de leur scolarité mais si vous avez l’impression qu’il cumule beaucoup de ces signes soudainement, cela peut valoir le coup d’essayer de lui parler. C’est vous qui sentirez s’il vaut mieux l’aborder de façon directe ou indirecte, en lui demandant par exemple comment il se sent en ce moment. Et lui redire que vous êtes là pour lui quoi qu’il arrive. Vous pouvez aussi lui proposer des jeux d’inversion des rôles autour de l’école, où il devient par exemple l’enseignant ou un copain et vous l’enfant. Vous pourriez alors obtenir des indices sur comment se passe l’école pour lui en ce moment. Ce type de jeu permet souvent à l’enfant d’exprimer ses peurs ou ses besoins du moment (voir à ce sujet les prochains ateliers jeux parents/enfants que j’anime à Paris).

Comment réagir et accompagner son enfant victime de harcèlement scolaire ?

S’il est avéré que votre enfant est harcelé, la première chose à faire est d’accueillir son témoignage et son ressenti en mode écoute active. Je vous invite à lire mon article sur le sujet. L’idée est qu’il se sente compris et pris au sérieux. C’est tellement dur à accepter pour un parent qu’on pourrait avoir tendance à tout de suite minimiser ses propos pour le rassurer ou poser des questions qui pourraient l’amener à se sentir remis en cause ou coupable. D’ailleurs, ce pourrait être l’occasion de lui redire à quel point il n’y est pour rien, que ce n’est pas honteux et que ce n’est pas une fatalité pour son avenir. De nombreuses personnalités et « stars » des ados sortent en effet de l’ombre en ce moment pour témoigner du harcèlement scolaire dont ils ont été victimes. Vous pourriez d’ailleurs lui proposer, s’il le souhaite, de lire ensemble des témoignages de victimes ou des livres lui permettant de se sentir moins seul et de lui redonner de l’espoir pour la suite. Ce dont il a besoin c’est de sentir que vous le soutiendrez de la manière qui lui convient. Vous pouvez tout de suite le rassurer sur le fait que vous ne ferez rien sans son accord et voir avoir lui quelle option lui conviendrait le mieux en fonction de ses besoins et ses ressources du moment. Malheureusement, une fois encore, il n’existe pas de « recette magique » donc à votre enfant et vous de piocher parmi ces solutions possibles :

  • En parler avec son établissement : soit à un adulte dont il se sent proche (infirmière, animateur péri-scolaire, enseignant, CPE, etc.), soit directement au directeur.
  • Appeler le numéro 3020 « non au harcèlement« , la ligne d’écoute gratuite gérée par l’Ecole des Parents et des Educateurs d’Ile-de-France (EPE). Des professionnels vous aident à déterminer s’il s’agit bien de harcèlement, répondent à vos questions, vous écoutent et vous accompagnent. Ils peuvent aussi transmettre le dossier au référent harcèlement de l’académie dont vous dépendez.
  • Appeler la plateforme gratuite 3018 dédiée au cyberharcèlement, gérée par l’association e-Enfance. Des professionnelles écoutent, conseillent et interviennent notamment auprès des réseaux sociaux pour faire supprimer un contenu en quelques heures.
  • En parler avec des copains ou d’autres élèves qui ont été témoins de certaines scènes et voir s’ils seraient partants pour réagir la prochaine fois que ça arrivera, en allant chercher un adulte ou en demandant ensemble que ça s’arrête.
  • Réfléchir avec vous, s’il se sentirait prêt à essayer d’agir différemment, sans violence, pour déstabiliser l’élève qui le harcèle. C’est un point très délicat et personnel. Votre enfant sera le seul à savoir s’il se sent prêt à le faire. Il s’agit du concept de « 180° » proposé notamment par Emmanuelle Piquet, thérapeute ayant écrit plusieurs ouvrages sur le harcèlement scolaire. Elle propose aux enfants de réfléchir à des répliques pour déstabiliser leur harceleur et reprendre du pouvoir sur la situation.
  • Etre arrêté une semaine pour reprendre des forces et réfléchir « à froid » aux solutions possibles, sachant que cela peut aussi faire grandir en lui la peur d’y retourner. A vous d’en juger ensemble…
  • Si la situation n’évolue pas malgré vos tentatives, lui demander s’il souhaite changer d’établissement pour recommencer dans un nouvel environnement. II faut juste vérifier qu’il ne le vive pas comme un échec d’être celui qui doit partir. Pour certains cela résout le problème et pour d’autres la situation peut malheureusement se reproduire.

Comment mieux vivre cette situation en tant que parent ?

L’un des aspects le plus difficile à vivre pour les parents que je rencontre est le sentiment de culpabilité « de ne pas avoir vu plus tôt ».  Je les comprends, ce sentiment étant très présent chez moi dans de nombreuses situations avec mes filles. Pourtant, comment s’en rendre compte lorsque notre enfant n’ose pas nous en parler et que l’on n’est pas sensibilisé aux signes évocateurs de harcèlement ?

Un autre point difficile à vivre est notre sentiment d’impuissance face à la douleur de notre enfant. On voudrait tellement lui épargner toute épreuve mais malheureusement ce n’est pas possible. En revanche, comme vu dans le paragraphe précédent, vous pouvez réellement avoir un rôle, via l’écoute active et le soutien, qui lui sera précieux pour l’aider à traverser cette période.

Ce peut également être compliqué de vivre cette situation si vous avez-vous-même connu une situation de harcèlement en tant que harcelé, harceleur ou témoin, que ce soit à l’école ou plus tard dans le cadre personnel ou professionnel. Cela peut vous faire remonter des émotions très désagréables et inconfortables qui pourraient vous amener à « sur-réagir » avec votre enfant. Dans ce cas, vous aurez besoin d’en parler à une personne bienveillante, qui vous écoutera sans jugement et vous permettra de vous libérer de ces émotions. Cela peut passer par des groupes de parole de parents organisées par des associations contre le harcèlement scolaire, où vous pourrez partager votre vécu et ressenti avec d’autres parents et vous sentir moins seul. Si vous n’avez personne de disponible dans votre entourage, vous pouvez appeler les lignes d’écoute gratuites pour les parents. Il y a le 3020 dédié au harcèlement scolaire cité ci-dessus mais également 2 numéros sur tous les sujets de la parentalité comme Inter Service Parents : tel : 01 44 93 44 93. Ouvert du lundi au vendredi de 9h à 13h et de 14h à 18h (fermé le mercredi) et SOS Parentalité : tel : 09 86 87 32 62. Ligne gratuite gérée par le réseau Parentalité Créative – du lundi au samedi de 14h à 17h. Si vous sentez que vous avez besoin d’aller plus loin pour vous en libérer, vous pouvez faire appel à un psychologue, ou à une thérapie brève comme l’EMDR, l’hypnose, l’EFT, etc.

Vous ou votre enfant, avez-vous déjà vécu du harcèlement scolaire ? Qu’est-ce qui vous a aidé à vous en sortir ? N’hésitez pas à laisser vos témoignages en commentaire.

Ressources utiles

  • Site « non au harcèlement » du ministère de l’Education Nationale – https://www.education.gouv.fr/non-au-harcelement
  • Ligne téléphonique 3020 « non au harcèlement à l’école » – Ouverte du lundi au vendredi de 9h à 20h et le samedi de 9h à 18h (sauf les jours fériés)
  • Ligne téléphonique 3018 dédiée au cyberharcèlement – Ouverte du lundi au samedi, de 9h00 à 20h00.
  • On se moque de moi – mes p’tits pourquoi – 4-7 ans
  • Le harcèlement – Mes p’tites questions – Dès 6 ans
  • Le harcèlement expliqué aux enfants et aux grands aussi parfois ! de Mon Quotidien
  • Je me défends du harcèlement d’Emmanuelle Piquet
  • Aider votre enfant à se sortir du harcèlement scolaire : une méthode progressive et participative pour y mettre fin de Philippe Aïm

7 commentaires

  1. Bonjour,
    J’ai vécu cette situation avec mon fils et cela a été très dur. Cela commençait dans le bus scolaire (nous vivons en campagne). L’angoisse était quotidienne et a duré sur 2 ans, crescendo. Il était en 6ème et la 5ème a été virulente. J’ai interpellé toutes les personnes éducatives (CPE, surveillants, proviseur et proviseur adjointe). J’ai relevé tous les faits et honnêtement, j’ai eu porte close ou les faits rapportés étaient minimisés, voire c’était la faute de mon fils. Les cauchemards et cris nocturnes étaient quotidiens. J’ai pris également rdv avec le médecin scolaire et à la limite d’appeller le 3020, je regrette de ne pas l’avoir fait car au moins, cela déclenche une enquête. Je suis allée jusqu’à rencontrer les parents des élèves responsables mais le seul moyen efficace fut de le changer d’établissement scolaire (du public au privé) qui déployait une attention particulière sur le harcèlement. Et là, il a respiré!!! Et moi aussi. Les faits se sont produits en 2015-2017 Aujourd’hui, le problème est mis en avant, heureusement, mais auparavant, difficile de se faire entendre et de protéger son enfant. Il existe des associations qui proposent des conférences très bien faites, divulguées dans les collèges mais encore faut-il que les chefs d’établissement soient partants. Alors un conseil, choisissez bien votre établissement scolaire, surtout le collège, étape cruciale et propice au harcèlement.

    1. Merci beaucoup pour ton témoignage et tes conseils pour le choix de l’établissement ! Ca a dû être tellement dur à vivre pour ton fils et toi ! Tu as bien fait de le changer d’établissement en tout cas. J’espère qu’il n’en n’a pas gardé trop de séquelles.

  2. Je suis très contente que ce sujet soit de plus en plus abordé ! On en parle à l’école et de plus en plus de livres jeunesses sortent sur ce sujet. Ton article est super et très riche en informations !

    1. Merci pour ce commentaire !

  3. Bravo pr cet article qui donne une piqûre de rappel sur les méthodes à appliquer pour soutenir son enfant et surtout être à l’écoute !

  4. Merci pour ce sujet délicat ! Mon garçon a eu une situation similaire, mais heureusement qu’il me parle de ce qu’il ressent, nous avons pu intervenir assez vite.

    1. Merci pour ton témoignage qui va donner de l’espoir aux autres parents !

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