Comment maintenir le lien avec son enfant ou ado ?

Vous arrive-t-il parfois de vous sentir loin et déconnecté de votre enfant ou ado ? D’avoir l’impression que vous ne vous comprenez plus, que vous ne prenez plus de plaisir à être ensemble, que vous n’arrivez plus à communiquer ?

Ce sujet du maintien du lien est pour moi fondamental car le quotidien peut vraiment user la relation. J’accompagne des parents qui me disent être à deux doigts de « lâcher », tellement usés et abîmés par la relation qui se détériore et ne voyant plus comment s’y prendre pour retisser du lien. Il n’y a malheureusement pas de recette magique mais des outils peuvent vous aider à retrouver du plaisir à être ensemble et de la complicité.

Alors que mettre en place au quotidien pour rester proche de son enfant ou ado et maintenir le lien, même dans les situations difficiles ? C’est ce que je vous propose de découvrir ici !

Personnellement, au quotidien, je me base sur ce qui fait que je me sens proche de quelqu’un et j’essaie de l’appliquer dans ma relation avec mes filles. Voici mes « critères » : me sentir comprise et non jugée, dans une relation authentique, équilibrée et sans rapport de force, rire avec l’autre, partager des centres d’intérêt communs. Et pour vous ? N’hésitez pas à me dire en commentaires si vous avez d’autres critères pour vous sentir proches de quelqu’un.

L’écoute active pour faciliter le dialogue

Je vous invite à lire l’article que j’ai écrit sur le sujet mais pour résumer : pratiquer l’écoute active avec votre enfant lui permet de se sentir compris, légitime dans son ressenti, accueilli inconditionnellement, sans être jugé. L’enfant ou l’ado se sent ainsi aimé inconditionnellement, quoi qu’il dise ou fasse. Il se sent en confiance et sait qu’il peut se confier à vous sans crainte.

Le principe : parler le moins possible et l’écouter, en alternant les silences, les questions d’exploration et de clarification (« Qu’est-ce qui te fait dire ça ? », « De quoi aurais-tu besoin pour te sentir mieux ? », etc.), les reformulations en reprenant ses mots ou les vôtres (« Ca a dû être tellement humiliant ! », « Tu penses que tu n’y arrivera jamais ? », etc.). L’idée est de laisser la place à l’autre pour s’exprimer et trouver lui-même ses réponses et solutions. Pour cela, il faut donc éviter d’ironiser, conseiller, minimiser, rassurer, contredire, culpabiliser, etc. Cela n’est pas si évident à faire car pour rassurer l’autre ou dédramatiser, on peut y avoir recours sans s’en rendre compte.

Alors oui, certains propos à votre égard ne sont pas acceptables et il ne s’agit pas de valider toutes les critiques et reproches. Mais l’objectif est de laisser à l’autre la place pour exprimer son ressenti.

Cet outil est particulièrement précieux au moment de l’adolescence où votre enfant s’éloigne naturellement de vous pour se rapprocher de ses amis. Il aura tendance à moins se confier à vous, surtout pour son intimité. Mais s’il sait qu’en cas de besoin, il peut compter sur vous, le lien ne sera jamais perdu.

Je vous propose de le tester avec votre entourage pour commencer, si vous souhaitez vous entraîner pour vous sentir ensuite plus à l’aise avec votre enfant ou ado. Et aussi d’observer la manière dont votre entourage vous écoute et comment vous vous sentez selon les différents styles de chacun. Puis, quand vous vous sentirez prêt, vous pourrez essayer avec votre enfant. Avec votre ado, cela peut commencer par des sujets simples sans grande implication émotionnelle en rentrant dans son monde. Vous pouvez lui poser des questions sur le sport, la musique, les jeux vidéos, les films qu’il aime. L’idée est d’essayer de s’intéresser à ce qu’il dit sans donner forcément votre avis (qui ne sera pas forcément dans le sens de ses goûts et ses envies à lui…). Puis petit à petit, quand le lien sera restauré, vous pourrez essayer, quand vous vous sentirez prêt et avec suffisamment d’énergie, d’écouter son point de vue différent sur une situation. Observez la tournure que prend la conversation et dont elle se finit. Est-ce comme les dernières fois ou quelque chose de plus constructif en est-il sorti ?

Bien sûr, je ne vous dis pas de pratiquer cette écoute en continue, ce n’est tout simplement pas tenable car pour cela il faut avoir de l’énergie et de la patience. Et cela passe par prendre soin de soi au quotidien. Il s’agit aussi bien d’écouter et accepter ses propres besoins et ses limites, que d’accueillir ses émotions sans se juger, même les plus désagréables comme la colère, qui peut rejaillir face au comportement ou à la colère de son enfant. Je suis bien placée pour savoir que c’est compliqué à faire, faute de temps mais aussi parce que ça nous renvoie à nos blessures d’enfance, notre culpabilité, etc. Vous trouverez des pistes de réflexion et des outils dans mes 2 articles sur le sujet : « Parents : comment réussir à prendre du temps pour soi ? » et « Parents : comment répondre à ses besoins sans culpabiliser ? »

Faire des demandes à son enfant sans l’accuser et en parlant de soi

Vous avez peut-être déjà entendu parler de la communication non-violente ou CNV. Je n’aime personnellement pas ce terme mais j’adhère complètement à ses principes que j’essaie de mettre en pratique autant que je le peux. L’écoute active décrite ci-dessus en fait partie. L’autre volet consiste à exprimer à l’autre quelque chose de désagréable sans l’accuser ou l’attaquer pour autant. Pour cela, il y a plusieurs étapes :

  • Observer la situation qui déclenche chez vous une réaction et essayer de la décrire le plus factuellement possible. Par exemple : « Il y a beaucoup de bazar dans cette pièce »
  • Identifier et nommer l’émotion qu’elle suscite chez vous. Par exemple : « Ca me met en colère»
  • Chercher le besoin non comblé chez vous, à l’origine de cette émotion et l’exprimer en parlant de vous et non de l’autre. C’est le fameux « message-je ». Par exemple : « Après cette journée épuisante, j’ai vraiment besoin d’ordre et de repos » plutôt que «Tu es un vrai cochon incapable de ranger quoi que ce soit, je sais que tu le fais exprès pour m’énerver ».
  • Formuler une demande réalisable, dans un langage clair et concret. Ca pourrait par exemple donner dans cette situation : « Serais-tu d’accord pour ranger le salon pendant que je me change et ensuite je te propose qu’on joue ensemble à ce que tu veux ? »

L’idée est de rester le plus factuel possible, en parlant de soi, pour que l’autre ne se sente pas attaqué. Personnellement j’ai plus envie de coopérer quand on me demande quelque chose de manière agréable plutôt qu’agressive, pas vous ? C’est une nouvelle manière de se positionner et au début cela ne vous semblera sûrement pas naturel mais à force de pratiquer avec vos propres mots, vous verrez que ça finit par venir naturellement.

Se mettre à la place de son enfant pour mieux le comprendre

Bien des malentendus et des disputes avec notre enfant ou ado vient de l’incompréhension de son comportement ou de sa réaction. Vous ne trouvez pas ? Entre les plus petits qui ont besoin de répéter (souvent avec le sourire) le geste qu’on leur interdit pour valider qu’ils ont bien compris et les ados qui remettent fréquemment en cause ce que l’on fait ou dit pour trouver leur propre identité, on peut facilement penser qu’ils nous provoquent et cherchent à nous pousser à bout. Et pourtant il y a toujours une explication « rationnelle » à leur comportement et jamais une volonté de nous nuire. Je sais que c’est difficile à entendre, surtout pour les parents qui sont usés par la relation avec leur ado. Pourtant nos enfants recherchent notre amour et notre reconnaissance tout au long de leur vie. Revenez en arrière et réfléchissez à quel type d’enfant puis d’ado vous étiez, à ce qui vous éloignait de vos parents, ce que vous attendiez d’eux, etc. Cela vous donnera des pistes pour vous rapprocher de ce que peut ressentir actuellement votre propre enfant ou ado. Dans les groupes de parole que j’anime j’utilise souvent le théâtre forum pour se mettre dans un autre rôle et ressentir les émotions de l’autre. Je me souviens notamment d’une maman qui a pris le rôle de son ado. Elles étaient en conflit depuis des mois car sa fille voulait rentrer à minuit le soir et elle ne voulait pas. En se mettant à sa place elle a ressenti sa rage et son incompréhension devant les arguments de sa mère (jouée par une autre maman du groupe). Elle a fini par dire qu’elle allait la laisser rentrer désormais plus tard le soir. Juste le fait de changer de point de vue peut permettre de désamorcer des conflits.

Rentrer dans son monde pour maintenir le lien

J’ai bien conscience que ça peut être rebutant à première vue de s’imaginer jouer des heures à la poupée ou aux dinosaures, de regarder des vidéos Tik Tok qui n’ont aucun sens pour nous, de faire le tour du salon en portant son enfant sur le dos, etc. L’idée ici est de rentrer dans le monde de son enfant pour partager ses centres d’intérêt, rire ensemble, créer des moments de complicité. Mais il ne s’agit pas de s’oublier et se sacrifier en s’obligeant à participer à des activités qui nous rebutent ou nous épuisent. Privilégier un temps de qualité, même court (en mettant un minuteur) mais où vous êtes pleinement présent et disponible pour lui est suffisant.

Cela peut passer par de l’écoute active sur ce qui les intéresse en ce moment (les livres, films, jeux, etc.), leurs amis, leurs activités extrascolaires, etc. Vous avez dû vous rendre compte que nos enfants sont peu, voire pas du tout réceptifs à nos questions d’adulte, souvent « sérieuses » sur comment s’est passée leur journée d’école, si leur maîtresse ou leurs profs sont sympa, etc. Ce qui les anime c’est de parler de leurs passions, de leurs centres d’intérêt ou des difficultés qu’ils rencontrent mais quand ils l’ont décidé et pas forcément quand on leur pose la question.

Cela peut également passer par des moments de jeux de chahut (batailles d’oreillers, jeu du foulard où on se court après, etc.) ou d’inversion des rôles où vous jouez le rôle du docteur, de la maîtresse, etc. C’est l’occasion de rire ensemble et relâcher les tensions du quotidien.

Avec votre ado cela peut être avec la découverte de sa musique du moment, ses films, séries ou réseaux sociaux préférés pour mieux comprendre ce qu’il vit et l’intéresse. Chanter ou danser ensemble. Vous n’êtes bien sûr pas obligé d’apprécier ce qu’il aime mais le simple fait de montrer de l’intérêt est fondamental pour qu’il se sente considéré et pour maintenir le lien.

Le faire rentrer dans votre monde

Une relation c’est bien sûr dans les deux sens donc n’hésitez pas à le faire rentrer à son tour dans votre monde à vous. Quelles sont les centres d’intérêt, voire les passions que vous pourriez partager avec lui ? Cela peut être tout simplement cuisiner ensemble, regarder un film que vous aimez particulièrement, lui faire découvrir une musique ou un livre qui vous plaît, un sport que vous pratiquez, etc. Tout cela crée de la complicité et maintient le lien entre vous.

Rester authentique en montrant vos vulnérabilités

Pour me sentir proche de quelqu’un j’ai besoin de le sentir authentique et honnête avec moi et non dans un rôle ou en représentation. On peut avoir tendance à vouloir se montrer plus fort ou résistant qu’on ne l’est en pensant rassurer ses enfants ou leur montrer qu’on a le dessus, voire le « pouvoir ». Or, c’est souvent à l’origine de malentendus, voire de rapports de force épuisants et contre-productifs.

 Je ne vous dis pas de vous confier à vos enfants comme vous le feriez avec un ami, en détaillant vos peines, vos doutes, etc. Ce n’est clairement pas son rôle et cela serait très angoissant pour lui. En revanche, lui exprimer simplement vos besoins du moment, vos émotions, vos difficultés lui permettra de mieux comprendre vos réactions parfois disproportionnées, votre impatience, etc. De même vous excuser de certains de vos mots ou réactions que vous regrettez permettra de l’apaiser et de lui montrer l’exemple quand vous lui demanderez de s’excuser à son tour dans une autre situation. On en vient d’ailleurs à cette question de l’exemplarité, qui n’est pas évidente à tenir en toutes circonstances mais qui est selon moi un critère de plus dans la proximité avec son enfant. Comment en effet se sentir proche de quelqu’un qui me demande de respecter un certain comportement alors que lui-même ne le fait pas ? Nos enfants sont les premiers à nous le faire remarquer, ce qui nous permet de nous améliorer peu à peu 😉

Sur l’écoute active et la communication non violente, je vous conseille 2 auteurs :

4 commentaires

  1. Merci pour ce bel article et les 2 lectures citées en ressources en bas de l’article ; cela fait quelques années que je me suis penchée sur le sujet. C’est un sujet d’autant plus incontournable avec des adolescents. Une autre référence sympa est « parler pour que les ados écoutent, écouter pour que les ados parlent »

    1. Merci pour ton retour et ta suggestion de livre que je connais mais n’ai pas encore lu. J’ai lu en revanche des mêmes auteurs le fameux « parler pour que les enfants écoutent et écouter pour que les enfants parlent »

  2. Merci pour cet article. J’ai 2 ados, ce n’est pas simple tous les jours mais en meme temps, c’est une telle richesse de les voir grandir, de les voir avoir leur propre réflexions, leurs propres gouts, de se forger leurs propre personnalité…On apprends tellement de choses avec eux ! Et promis, dès demain j’arrête de leur poser la question « comment s’est passée ta journée d’école » 🙂

    1. Merci pour ce beau témoignage sur l’adolescence ! Avec les tensions on peut finir par oublier que c’est une phase super riche pour eux et pour nous ! Et « challenge accepted » pour ta question sur la journée d’école, tu me diras ce que ça aura donné 😉

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